Comment les habitants de mon quartier vivent avec le coronavirus

Article : Comment les habitants de mon quartier vivent avec le coronavirus
5 juillet 2020

Comment les habitants de mon quartier vivent avec le coronavirus

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Dans le cadre de mon travail, il m’arrive très souvent de m’absenter de la maison, parfois plus d’un mois. C’est ainsi que j’ai été « bloquée » hors de Ouagadougou pendant la période du confinement, durant presque deux mois. Le gouvernement avait décrété la mise en quarantaine des villes le du 27 mars. À mon retour à la maison, j’ai voulu prendre le pouls dans ma cité, auprès de mes voisins, pour comprendre comment ils ont vécu la période du confinement et la crise du coronavirus de façon générale.

J’habite au quartier Kilwin, à Ouagadougou, à la sortie Nord de la ville, route de Ouahigouya. C’est réellement un quartier périphérique éloigné du centre-ville et donc plutôt calme. Ma famille y habite depuis 20 ans maintenant. Waouh je viens juste de m’en rendre compte en écrivant ce billet !

© Madina S

Des familles séparées 

Pas loin de chez moi, vit la famille Ouedraogo. Mme Ouedraogo est institutrice en poste dans un village assez loin de Ouagadougou. Elle vit donc dans ce village où elle travaille et rentre régulièrement voir sa famille. Malheureusement, elle aussi a été bloquée dans son village lorsque la mise en quarantaine des villes a été mise en place.

En allant chez Mme Ouedraogo, je n’ai pu rencontrer que son petit garçon de 10 ans.

« Maman ne pouvait plus rentrer à la maison, nous étions tous triste surtout mon petit frère. En plus, on n’allait plus à l’école donc on restait toute la journée à la maison. La maîtresse nous a parlé du coronavirus et Papa aussi. Ils ont dit qu’on ne devait pas sortir, qu’on devait tout le temps se laver les mains avec du savon et qu’on devait faire attention quand des gens venaient à la maison. »

Boukaré, le boutiquier de mon quartier

Si beaucoup de commerces ont dû fermer en ville à cause de la crise et des mesures préventives instaurées par les autorités du pays, la boutique de mon quartier n’a jamais fermé. Et heureusement car elle approvisionne toute ma rue en denrées diverses et variées: pain, huile, savon, unités de recharge téléphoniques, cahiers et autres matériels scolaires, etc… Bref, Boukaré vend de tout !

© Madina S

Lorsque je me suis rendue à sa boutique, j’ai tout de suite remarqué qu’il n’utilisait pas de masque et qu’il n’imposait pas la distanciation sociale entre lui et ses clients. Il m’a confié qu’il n’avait pas observé de baisse de fréquentation pendant le confinement. Les gens du quartier, même si beaucoup ont évité d’aller en ville, ont continué de venir s’approvisionner chez lui.

« Bon, j’ai entendu parler du coronavirus à la radio et à la télévision. J’ai compris qu’une maladie en provenance de la Chine touchait tous les pays du monde et qu’on devait faire attention car elle fait des ravages. J’ai entendu la décision de fermer les marchés, mais moi je n’ai pas fermé ma boutique. Sinon, comment les gens du quartier aurait fait pour leurs courses ? »

D’après lui, les habitants avaient peur au début mais maintenant tout le monde fait avec. « Moi en tout cas, je ne connais personne qui a eu cette maladie… »

Quand j’ai demandé à Boukaré pourquoi il ne portait pas de masque et n’avait pas de station de lavage des mains à l’entrée de sa boutique, il a juste haussé les épaules et est retourné à ses clients.

Un deuil pendant le confinement

Une autre famille Ouedraogo, voisine de la mienne, a malheureusement perdu un de ses fils durant le confinement. Je ne suis pas allée leur poser de questions afin de respecter leur douleur, mais ma Maman m’a affirmé que ça n’avait pas été des plus simples. En Afrique, les décès sont des occasions de retrouvailles familiales. Les parents et amis viennent de partout pour soutenir la famille et pleurer le mort.

« Malheureusement avec la mise en quarantaine des villes et l’interdiction de voyager, cela a été difficilement possible », m’a expliqué ma mère. La famille a donc dû faire son deuil en petit comité car seuls les membres de la famille vivant à Ouagadougou ont pu se déplacer pour rendre un dernier hommage.

© Madina S

La fermeture des marchés, un coup dur

Mme K. dans mon quartier est vendeuse de légumes et de condiments dans un marché pas loin de la maison. Elle a dû arrêter ses activités quand les marchés ont fermé. Le problème, c’est que ce revenu lui permettait de prendre soin de sa famille, elle qui est veuve depuis quelques années.

Mme K. a réussi à trouver une alternative à la perte de ses revenus en vendant ses marchandises dans le quartier. Mais l’approvisionnement était difficile en raison de la situation, les frontières étant fermées et les villes bouclées. Ça n’a pas été facile pour elle, mais elle a bénéficié du soutien des autres familles du quartier. C’est ce que j’aime chez moi, cette esprit de communauté. Ses activités ont alors repris, normalement avec la réouverture des marchés.

Les jeunes de mon quartier et le coronavirus

Je suis allée à la rencontre d’un groupe de jeunes du quartier dans leur « grin » (lieu de rassemblement des jeunes pour passer le temps, discuter, boire du thé…). Juste à côté, un groupe d’enfants s’amusaient entre eux. Personne ne portait de masque.

© Madina S

Pour certains, “le coronavirus n’existe pas, ce serait, une invention des gouvernements pour se faire de l’argent”. Pour d’autres, “le coronavirus est une maladie de riches”.

« Depuis le début de la pandémie, les personnes contaminées sont seulement les Karambiri (le couple de pasteurs, premiers cas de coronavirus au Burkina), les ministres de je sais pas quoi ou les gens comme Charles Kabore (footballeur célèbre). Nous, on est des enfants de pauvres, on ne va pas dans les mêmes endroits donc on n’a rien à craindre. »

Le ton est très vite monté dans la discussion, alors que j’essayais de les convaincre de la réalité de la maladie et de l’importance des mesures barrières. Mais rien à faire, ils ne m’ont pas prise au sérieux.  

Certains m’ont confié ne porter le masque que lorsqu’ils se rendent en ville, d’autres ne s’en embarrassent même pas.
« Je n’arrive pas à bien respirer lorsque je porte le masque », m’explique l’un des jeunes ;
« Je n’ai pas d’argent pour acheter un masque ou bien le gel », ajoute un autre ;
« Le gouvernement devrait plus s’occuper des Peuls qui sont tués pour rien au Nord du pays, plutôt que de perdre son temps avec le coronavirus », me répond un jeune d’ethnie peule. 

Résultat de la discussion: je ne crois pas avoir réussi à les convaincre.

Les habitants de mon quartier n’ont plus peur du coronavirus

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la psychose qui a régné au début de la crise sanitaire a bel et bien disparue dans mon quartier. On est plutôt passé d’un extrême à l’autre, la plupart des gens ne se soucie plus de la maladie !

La vie a totalement repris son cours normal pour les habitants de mon quartier et même de Ouagadougou en général. Quasiment plus personne ne respecte les mesures barrières. Je fais presque l’effet d’un extraterrestre lorsque je me promène en ville avec mon masque sur le nez.

© Madina S


Ce que je note surtout de mes discussions avec les habitants de mon quartier, c’est qu’il y a un réel manque d’informations sur la maladie, et j’ai noté une véritable crise de confiance entre le gouvernement et sa population. J’espère vraiment que les campagnes de sensibilisation vont continuer pour que tous continuent de se protéger du coronavirus. Sinon, nous allons droit dans le mur. 

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