Covid-19 au Burkina Faso : Le casse-tête de l’année scolaire

Article : Covid-19 au Burkina Faso : Le casse-tête de l’année scolaire
27 juin 2020

Covid-19 au Burkina Faso : Le casse-tête de l’année scolaire

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Dès l’apparition des premiers cas de coronavirus au Burkina Faso au mois de mars, le gouvernement a décidé de fermer provisoirement les établissements scolaires. Dans un premier temps, une partie des élèves devait reprendre le chemin de l’école le 11 mai. Mais finalement, le retour des étudiants en salle de classe a été reporté au 1er juin pour que les écoles soient prêtes à accueillir les étudiants dans de bonnes conditions sanitaires. Manque de masques, aménagement de la distanciation sociale, les autorités ont largement été critiquées. 

Pendant presque deux mois, écoles, lycées, universités et centres de formation professionnelle sont restés fermés. La mesure est tombée en plein deuxième trimestre donc en plein milieu de l’année scolaire. Conséquence, les programmes entamés n’ont pas pu être terminés à temps. Ma maman est professeur de philosophie pour les classes de 1ère et terminale dans un lycée de Ouagadougou depuis quelques années. En plus de la peur de la maladie, elle s’inquiète aussi pour l’avenir de ses élèves. Je lui ai posé quelques questions.

Comment Maman, professeur au lycée, a vécu l’arrivée du coronavirus

Depuis le début de la crise, ma mère prend toutes les précautions possibles pour éviter de contracter le coronavirus car elle fait partie des personnes à risque.
« Je souffre de diabète et d’hypertension donc je suis donc très prudente. Je suis d’autant plus sidérée lorsque je vais en ville et que je vois que quasiment personne ne porte de masque, personne ne s’inquiète des mesures barrières. Il est important que chacun prenne ses précautions pour éviter de propager la maladie. » Pour s’occuper, elle a beaucoup lu, elle a mis à jour ses manuels de cours, et elle essaye de rester informée de ce qui se passe dans le pays.

Tout ce temps, elle a gardé contact avec ses élèves qui l’appelaient parfois pour prendre de ses nouvelles et pour lui poser quelques questions de cours. Et elle n’a pas manqué de les encourager à continuer de travailler pour être prêts le jour des examens. 

© AMISOM via Iwaria

Comment l’Education nationale s’est organisée face au Covid-19

Pendant cette période, le gouvernement a pris des mesures temporaires pour assurer la continuité de l’apprentissage pour les élèves en classe d’examen (la CM2, la troisième et la terminale). “Afin de toucher l’ensemble des élèves, des villes et des campagnes, cet enseignement à distance consiste à enregistrer les cours puis à les diffuser sur des médias publics et privés, les applications numériques avec ou sans connexion internet, les polycopies ou annales.”  Ces cours à distance concernaient des matières comme le français les mathématiques, la philosophie.

© Emmanuel Walusimbi via Iwaria

Pour Maman: 

« Évidemment, rien ne vaut la bonne vieille méthode des cours en présentiel, mais les cours à distance peuvent être un plus pour ceux et celles qui ont pu s’y mettre. Cependant, pour les élèves venant de familles pauvres ou vivant même dans les quartiers non lotis, je ne suis pas sûre qu’ils aient pu facilement avoir accès à ces ressources : télévision, électricité, internet sont un luxe pour beaucoup de Burkinabè. En plus, dans ces familles pauvres, les enfants ont certainement dû être mis au travail pour soutenir la famille. Je ne crois pas non plus que ceux-là avaient le temps de regarder la télé ou écouter la radio. »

En effet, au Burkina Faso, plus de 4 millions d’élèves ont été privés de classe depuis la fermeture, le 16 mars, des quelque 20 000 établissements scolaires que compte le pays. Comme l’explique cet article du journal Le Monde, pour de nombreux enfants, l’arrêt des cours n’a pas été pour autant synonyme de congés anticipés. La plupart ont dû soutenir leurs parents, surtout les filles, chargées de la gestion des tâches quotidiennes aux côtés de leur mère. Seules à la maison, astreintes à de multiples corvées et sans accès à une connexion ou à des outils pédagogiques à distance, difficile pour elles d’étudier.

Les examens de fin d’année maintenus 

A la fermeture des classes, professeurs, étudiants et surtout parents d’élèves avaient tous la même préoccupation: Comment sauver l’année scolaire et éviter une année blanche ? Le gouvernement a donc décidé que seules les classes d’examens reprendraient les cours, et les différents examens scolaires prévus, notamment le Baccalauréat et le Brevet d’Etude du Premier Cycle, auront effectivement lieu. Le BEPC aura lieu le 14 juillet et le Bac, le 3 août. Pour les classes intermédiaires, les notes déjà obtenues, le contrôle continu, seront considérées pour le passage en classe supérieure.

Maman est généralement membre du jury qui gère ces différents examens. Pour cette année, elle confie qu’elle y va avec quelques appréhensions :

« J’espère que toutes les mesures sanitaires seront mises en place pour qu’on puisse travailler en toute sécurité. Pour nous, les professeurs et aussi pour les élèves. Quant à la réussite des examens, les élèves assidus et travailleurs devraient s’en sortir sans problème. Pour les autres, ça sera une autre histoire. »

© Tyck via Iwaria

Qu’espérer de l’année scolaire à venir ?

Les parents d’élèves craignent l’année blanche. Aucune date officielle n’a encore été communiquée pour la rentrée prochaine. Habituellement, elle se tient chaque année entre le mois de septembre et octobre. Aujourd’hui, l’équation est difficile à résoudre pour l’Education nationale. Il n’y a pas assez de masques pour les étudiants et les professeurs. Comment faire revenir les élèves à l’école quand on sait déjà que les mesures d’hygiène ne sont pas prises en compte ? Maman est réellement inquiète à ce propos :

« Il ne sera vraiment pas aisé de faire appliquer les mesures barrières dans tous les lycées et collèges. Même le simple lavage des mains au savon ne sera pas simple parce que certains établissement n’ont pas facilement accès à l’eau. Pour ce qui est de la distanciation, ça sera encore plus compliqué parce que nos classes sont généralement surpeuplées. J’ai déjà eu des classes avec plus d’une centaine d’élèves. »


Le Ministre de l’Éducation Nationale, de l’Alphabétisation et la promotion des Langues Nationales (MENAPLN), le Pr Stanislas Ouaro, a cependant assuré que des mesures d’accompagnement, notamment la désinfection des établissements scolaires et la fourniture de masques, devaient être mises en oeuvre. J’espère vraiment que toutes ces promesses seront tenues afin d’assurer la sécurité de tout le monde. Dur dur pour le gouvernement de réunir les conditions optimales de sécurité sanitaire pour une reprise rapide des cours.

Pour ma part, je ne suis pas du tout tranquille. J’ai proposé à ma mère de prendre sa retraite si jamais sa sécurité et sa santé n’étaient pas assurées à la rentrée prochaine. Jusque-là, elle croit que je plaisante…

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