Burkina Faso: Le secteur informel face au Covid-19

Article : Burkina Faso: Le secteur informel face au Covid-19
16 juin 2020

Burkina Faso: Le secteur informel face au Covid-19

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Il y a quelques semaines, j’étais à Ouagadougou avec des amis et j’ai vécu une scène qui m’a inspiré ce billet.
Alors que j’étais assise dans un restaurant avec des amis, nous avons été accostés par un vendeur ambulant d’objets divers, notamment d’objets d’arts. Il nous a quasiment supplié de lui acheter une de ses marchandises ou au moins de lui donner quelques sous afin qu’il puisse se nourrir. Il nous a expliqué qu’en temps normal, il est installé en face de l’aéroport car ses principaux clients sont les voyageurs qui arrivent au pays. Malheureusement, depuis le début de la pandémie de Covid-19, l’aéroport est fermé et par conséquent, il est obligé d’arpenter la ville de Ouagadougou dans l’espoir de ramasser quelques billets.

Cette scène m’a beaucoup touchée. Je n’ai pas de chiffres précis pour le Burkina Faso, mais je sais que beaucoup de personnes se sont retrouvées au chômage depuis le début de la crise. Je fais partie des personnes chanceuses du secteur privé qui ont été mises en télétravail par leurs employeurs, alors que d’autres se sont retrouvées sans emploi du jour au lendemain.

Pour les acteurs du secteur informel, qui pour la plupart vivent de leurs gains journaliers (comme ce jeune vendeur que j’ai rencontré), les conséquences ont certainement été encore plus violentes. Je suis donc allée à la rencontre de quelques commerçants pour comprendre ce qu’ils vivent depuis l’arrivée du coronavirus.

Les artisans font difficilement face à la crise

Je vous présente les frères Kouyaté, artisans, sculpteurs sur bois : Ibrahim et Moussa sont dans le métier « depuis toujours » comme ils aiment le dire. Ils ont été initiés tous petits par leur père. Ils fabriquent des objets d’ameublement et de décoration, des objets d’arts. Mais ils sont surtout connus pour la fabrication d’objets d’église : crucifix, croix, statues… Alors qu’ils sont musulmans ! Rien que ça, je crois que ça mérite un article !


Selon Ibrahim, les affaires ne marchent plus car ils n’ont plus accès à leurs principaux clients du fait de la fermeture des frontières et de l’aéroport. « À l’époque où tout allait bien, nous pouvions gagner jusqu’à 40 000 Francs CFA par jour. Aujourd’hui, nous n’avons plus de clients, même une journée à 1 000 Francs CFA, c’est compliqué« .
Toute la famille vit de cette activité alors les frères Kouyaté continuent de travailler comme il peuvent et prient pour une réouverture rapide des frontières.

Bernard, vendeur de viande commence à voir le bout du tunnel

Pour me consoler de cette triste rencontre, j’ai décidé de rendre visite à mon vendeur de viande préféré sur le chemin du retour. Bernard est vendeur de viande grillée depuis une dizaine d’années et il emploie trois jeunes pour l’aider dans son business. Son coin est l’un des lieux de retrouvailles préférés des jeunes de Ouagadougou, situé dans le quartier Ouaga 2000. Et on peut dire que jusque-là les affaires marchaient bien pour lui.

Mais Bernard a aussi subi de plein fouet la crise du coronavirus. « Ça a été très dur, surtout au début. Tout le monde avait peur de sortir et personne n’achetait à manger dehors. Nous pouvions faire des jours sans aucun client. J’ai dû fermer quelques temps mais, depuis la réouverture des bars et des maquis, ça commence à reprendre doucement. Je pense que c’est surtout dû au fait que les gens ont moins peur de la maladie. »

Il n’a pas accepté de me dire exactement combien il gagnait avant l’arrivée du coronavirus et le manque qu’il subit aujourd’hui, mais il affirme qu’il a failli fermer. « Certains de mes collègues ont dû mettre la clé sous la porte, et d’autres ont dû prendre des crédits pour reprendre leurs activités. »


Je lui ai demandé si lui n’avait pas peur de la maladie et s’il prenait des mesures particulières pour ne pas attraper ou propager la maladie.
« Je suis le seul à servir les clients, un de mes employés se charge d’emballer la viande et un autre encore d’encaisser la monnaie. Je me lave tout le temps les mains au savon et je fais tout mon possible pour éviter l’attroupement des clients. Ce n’est pas facile, mais je n’ai pas envie que mon commerce ferme parce que quelqu’un est tombé malade en achetant ma viande. »

J’ai effectivement pu constater un changement en termes d’hygiène et d’organisation lorsque j’y étais.

Le coronavirus, la nouvelle normalité de nos vies

Force est de reconnaître que les acteurs du secteur informel sont ceux qui souffrent le plus de l’anxiété provoquée par le coronavirus et des mesures restrictives qui existent depuis le début de la pandémie. Beaucoup de personnes qui vivent de leurs revenus au jour le jour en pâtissent encore, tous les membres de leur famille en subissent les conséquences et en souffrent.

Je crois que n’avons pas d’autre choix que d’intégrer la maladie du coronavirus comme une nouvelle « normalité ». Comme pour le paludisme, nous devons accepter que le coronavirus est une réalité. Cela implique de reprendre nos vies en faisant attention et en respectant toujours les gestes barrières. Cette sagesse s’impose à nous ! Sinon, quelle alternative ?

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Commentaires

Traore Amos Joel Yohane
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Très bon billet Madina. L'article illustre parfaitement la situation précaire dans laquelle se trouve de nombreux acteurs du secteur informel. Espérons que ces braves personnes seront prises en compte dans les différents mesures d'accompagnements du gouvernement