Les déplacés internes du Burkina Faso face au Covid-19

Article : Les déplacés internes du Burkina Faso face au Covid-19
19 juillet 2020

Les déplacés internes du Burkina Faso face au Covid-19

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


J’en parlais dans un précédent billet, mon pays le Burkina Faso fait face à une réelle crise liée au terrorisme depuis 2015. La plupart des attaques ont lieu au Nord et à l’Est du pays dans des petits villages et des petites villes comme Djibo, Arbinda, etc… Afin de sauver leurs vies, les habitants de ces régions sont obligés de fuir, laissant derrière eux leurs maisons et tout ce qu’ils possèdent, dans l’espoir de trouver sécurité ailleurs.
Depuis le mois de mars 2020, la pandémie de coronavirus est venue s’ajouter au lot de soucis quotidiens des populations déplacées : lutter pour ne pas mourir sous des balles assassines, lutter pour ne pas mourir de faim, et maintenant lutter pour ne pas mourir du Covid-19.

Selon le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS)

  • Depuis 2015, le Burkina Faso est confronté à une crise humanitaire sans précédent liée à une augmentation soudaine de violences.
  • 2,2 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire.
  • Plus de 838 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, soit une augmentation de 7,5% depuis février 2020.
  • Selon l’Aperçu des besoins humanitaires, 948 000 personnes ont besoin de protection et 1,5 million de personnes dépendent de l’aide humanitaire en matière de santé.
  • 2 512 écoles sont fermées, privant ainsi plus de 340 000 enfants d’éducation.

Des camps ont ainsi été mis en place un peu partout par l’Etat pour accueillir ces déplacés internes avec le soutien de quelques organismes internationaux comme OXFAM ou la Croix Rouge. Il y a des camps à Kaya, à Barsalogo, à Kongoussi, Pissila mais aussi dans certains quartiers de la capitale Ouagadougou. On peut voir des déplacés internes aux grands carrefours de la ville, certains mendient, et d’autres vendent des petites choses pour se faire un peu de sous. Certains vivent dans des camps du gouvernement, d’autres dans des abris de fortune un peu partout en ville.

Depuis le début de la pandémie de coronavirus, de nombreuses voix se sont levées dans les médias et sur les réseaux sociaux pour déplorer la situation des déplacés, et la difficulté pour eux de respecter les mesures barrières dans les camps où ils vivent.

Photo by AMISOM via Iwaria


Des mesures barrières impossibles à appliquer

Huguette Yago, ingénieure en eau et assainissement pour l’AGED, et partenaire de l’organisation humanitaire Oxfam, est une femme engagée. Elle gère l’approvisionnement en eau et en équipements sanitaires ainsi que la sensibilisation à l’hygiène pour 3 500 personnes déplacées sur les sites de Pissila, au centre-nord du Burkina Faso. Elle a notamment mis en place des groupes de volontaires qui entretiennent les latrines, mais en cette période de pandémie de Covid-19, elle fait face au manque d’eau.

Selon elle, le respect des gestes barrières (comme le lavage fréquent des mains à l’eau et au savon, le port de masque et la distanciation sociale) relève de la théorie pour les personnes déplacées :

« Elles se disent être au courant de la maladie mais ne peuvent pas respecter ces mesures car le peu d’eau qu’elles arrivent à obtenir ne peut être gaspillé pour se laver les mains plusieurs fois. En plus, le savon de 400 g qu’elles reçoivent chaque mois n’est pas suffisant pour tout le mois. Comment faire alors pour se laver régulièrement les mains ? ». Pour ce qui est de la distanciation sociale, la situation est encore plus grave, car les abris sont supposés pour recevoir un maximum de sept personnes, mais la réalité est toute autre : Nous nous retrouvons avec 15 à 20 personnes par abri. »

Huguette Yago, ingénieure en eau et assainissement pour l’AGED

Difficile de respecter la plus basique des mesures barrières contre le coronavirus quand on n’a pas accès à une ressource de base, l’eau…


Les camps sont également touchés par des inondations

Il y a quelques jours, des images circulaient sur les réseaux sociaux, montrant des camps inondés en raison des fortes pluies. Les déplacés sont donc fortement exposés à des maladies telles que le paludisme, le choléra, la malnutrition en plus du coronavirus !

Reportage de RTB – Radiodiffusion Télévision du Burkina


L’aide humanitaire ralentie

Les mesures anti-coronavirus comme la mise en quarantaine d’un certain nombre de villes et les mesures sanitaires mises en place compliquent l’action humanitaire au Burkina Faso. Dans cet article du Monde Afrique, Moussa Bougma, chargé de communication au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) explique que les missions sont « très très limitées » depuis Ouagadougou.

« La menace du Covid-19 met en péril le travail humanitaire », alors qu’un million de réfugiés dépend « désormais presque entièrement de l’aide extérieure pour survivre », corrobore l’ONU.



Sur Facebook, j’ai vu des associations et des particuliers organiser des levées de fonds et de vivres pour venir en aide aux personnes déplacées.

Captures écran Facebook

Par ailleurs, si l’aide humanitaire est ralentie, c’est aussi à cause de l’insécurité grandissante dans ces zones. Les convois se font parfois attaquer sur les routes. Par conséquent, l’approvisionnement en produits de première nécessité, dont dépendent entièrement les réfugiés, se font rares. Dans les camps de déplacés près de Ouagadougou, la faim fait souvent plus peur que le coronavirus, comme le montre ce reportage de TV5 Monde. Par mesure de précaution, les associations humanitaires ont dû rapatrier leur personnel et suspendre leurs programmes, laissant les dispensaires et les centaines de milliers de réfugiés à leur sort.

Face à l’insécurité alimentaire, les instances onusiennes et les ONG préviennent : une catastrophe sanitaire se prépare, surtout dans la région du Sahel.


Dans mon article intitulé Au Burkina Faso, la population a plus peur du terrorisme que du coronavirus, je déplorais le fait que les conséquences du terrorisme dans mon pays n’aient pas provoqué le même engouement, la même solidarité internationale que le coronavirus. J’espère aujourd’hui que nos gouvernants sauront mener leurs actions avec synergie pour soulager les populations qui pâtissent le plus de ces fléaux.

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