Mon Burkina Faso après le Covid-19

Article : Mon Burkina Faso après le Covid-19
10 juillet 2020

Mon Burkina Faso après le Covid-19

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséque⁸nces de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Il y a quelques semaines, je commençais cette série de billets sur le coronavirus dans mon pays par un article intitulé Mon Burkina Faso face au Covid-19. J’y parlais alors de la manière dont nous avons vécu l’arrivée de la pandémie. Environ cinq mois après l’apparition des premiers cas de Covid-19, le coronavirus fait toujours rage. Le 10 juillet 2020, 1003 cas sont recensés. La seule différence est que la psychose qui régnait au début de la crise a quasiment disparue. Le coronavirus devient partie intégrante de nos vies, une norme avec laquelle nous apprenons à vivre comme beaucoup d’autres pathologies sur le continent africain.

Aujourd’hui, je me plais à imaginer mon Burkina post Covid-19, un Burkina qui aurait retenu les leçons de cette crise sanitaire, qui mettrait tout en oeuvre pour se moderniser et favoriser l’innovation.


Mon Burkina et son système de santé rutilant 

Le coronavirus a mis en évidence la fragilité des systèmes de santé dans le monde et surtout en Afrique. Au Burkina Faso, beaucoup ont dénoncé la faiblesse des infrastructures d’accueil des malades, le manque de soignants, la vétusté des centres de santé et le manque de matériel, et même le système de prise en charge des malades.

Par ailleurs, comme je le l’écrivais dans un précédent billet, le coronavirus a relégué aux oubliettes d’autres maladies bien plus mortelles comme le paludisme ou le sida. Tous les efforts ont été concentrés sur la crise sanitaire actuelle. Les statistiques de fin d’année nous permettront certainement d’en savoir plus, même si l’OMS a déjà prédit une possible recrudescence des morts dûs à ces pathologies que nous combattons depuis des décennies.

J’espère que, dans le “monde d’après”, nos autorités verront l’urgence d’investir dans des infrastructures sanitaires plus modernes et plus adaptées, ainsi que la nécessité de revoir notre système de santé pour aller vers une organisation qui ne laissera personne de côté. 

En attendant, je rêve d’un Burkina où le paludisme serait éradiqué car la vaccination serait accessible et systématique. Je rêve d’un Burkina qui aurait assez de Centres de Soin et de Promotion Sociale (CSPS), ainsi que de Centres médicaux avec antenne chirurgicale (CMA) jusque dans les plus petits villages. Je rêve d’un Burkina où tous les centres de santé et hôpitaux auraient assez de cabinets et de chambres pour accueillir les malades, suffisamment de médecins pour que je n’ai pas à attendre 5h pour une consultation. 

Je rêve d’un Burkina où les femmes ne perdraient pas leurs enfants ou leur vie en voulant justement la donner. Un Burkina où on ne transporterait plus les femmes de leur village à la ville dans des tricycles ou des ambulances de fortune, parce que tout serait disponible sur place. Je rêve d’un Burkina où Alino Faso n’aurait plus besoin de lancer une collecte sur Facebook afin de sauver un enfant de 11 ans en train de mourir du cancer. 

Capture d’écran Facebook

Le Burkina dont je rêve ne serait plus inquiété par une épidémie comme celle du coronavirus, parce qu’on serait paré à faire face à toutes les catastrophes sanitaires. Le Burkina dont je rêve n’aurait pas besoin de mendier ou d’attendre une aide providentielle pour s’en sortir. 


Mon Burkina, un hub pour la recherche et l’innovation

Le coronavirus a réellement stimulé l’imagination et la créativité, notamment des jeunes, au niveau mondial. On a vu naître un peu partout sur le globe des dispositifs de désinfection des mains ultra modernes, ou à l’inverse, bricolés avec les moyens du bord. On a aussi vu des ouvres-portes pour ne pas avoir à toucher les poignées ou des pédales dans les ascenseurs pour ne pas presser les boutons…

Mon Burkina s’est aussi illustré en la matière ! Un jeune ingénieur du nom de Issa Kouakou a fabriqué le premier respirateur Made in Burkina avec introduction de médicaments. Un autre ingénieur, Adama Sy Traoré, a développé une application mobile pour déceler les symptômes du coronavirus. D’autres ont créé des visières de protection 3D et des désinfecteurs corporels. Malheureusement, ces inventions semblent peu intéresser nos autorités, qui ne prennent pas le temps de tester, valider et soutenir ces initiatives.

Capture d’écran Facebook

Je rêve alors d’un Burkina qui serait doté d’un grand centre technologique où les inventeurs auraient tout le soutien technique et financier nécessaire pour développer leurs idées, pour laisser libre cours à leur imagination, et où chaque idée serait étudiée. Je souhaite voir un Burkina où le seul rêve des jeunes ne serait pas de passer des dizaines de concours pour espérer intégrer la fonction publique. Ils n’auraient pas peur de rêver, d’innover, de créer et ils pourraient en vivre !

On pourrait même rivaliser avec la Silicon Valley aux Etats-Unis, ou la Innovation City au Rwanda. Pourquoi pas ? Les gens candidateraient de partout pour venir au Burkina bénéficier de notre savoir-faire…


Mon Burkina et son système économique adapté aux réalités des Burkinabè

La crise du coronavirus a également mis en évidence les nombreuses tares de notre système économique. La mise en place de certaines mesures barrières, notamment la fermeture des frontières, a rendu visible une catégorie de burkinabè. Je parle des populations qui vivent au jour le jour, comme les petits commerçants informels, qui n’ont pas d’épargne suffisante pour survivre à une interruption de leurs activités.
Beaucoup de gens ont perdu leur emploi, ils se sont retrouvés du jour au lendemain sans ressource avec une famille à charge. N’oublions pas que dans mon Burkina Faso d’aujourd’hui, il n’y a pas de protection sociale, chacun doit se débrouiller.

Comme l’a si bien dit Malika la Slameuse, que j’ai rencontré à l’occasion d’un billet : « Il est difficile de faire comprendre à quelqu’un de lutter contre le Covid-19 lorsqu’il a faim. On parle de la maladie, du virus, mais il ne faut pas oublier que la faim est une maladie elle-même qui tue peut-être beaucoup plus. »

Je ne suis pas économiste, je ne peux pas proposer de solutions pratiques et concrètes. Mais j’espère vraiment que dans mon Burkina de demain, des mesures d’accompagnement et de soutien seront envisagées pour les personnes les plus vulnérables. Et surtout des dispositifs d’accompagnement plus performants, adaptés au secteur informel, pour leur permettre de créer des business durables. 

Dans mon Burkina de demain, il n’y a pas de mendiants aux coins des rues, pas de jeunes qui s’essayent à la régulation de la circulation routière pour espérer glaner quelques pièces. Mais dans mon Burkina de demain, les veuves peuvent prendre soin de leurs enfants sans esquinter leur santé déjà fragile…


Mon Burkina où les mesures d’hygiène sont une norme

Depuis tout petit, on nous apprend à l’école et à la maison les fondamentaux de l’hygiène pour éviter de tomber malade: se laver souvent les mains, couvrir la bouche avant d’éternuer ou de tousser… Le coronavirus est venu nous rappeler à quel points ces règles sont primordiales.

Je suis ravie de voir les gardiens de lieux de culte et les vigiles des magasins et autres endroits publics obliger les usagers à se laver les mains ou à les nettoyer au gel hydroalcoolique avant de rentrer. Je suis encore plus fière lorsque je vois mes petits neveux et nièces se rappeler mutuellement l’importance du lavage des mains.

Capture d’écran Facebook

Je rêve d’un Burkina où ces bonnes pratiques seraient une règle car elles nous protègent non seulement du coronavirus, mais aussi de beaucoup d’autres maladies.


Mon Burkina solidaire et tolérant 

L’arrivée du coronavirus au Burkina Faso a fait éclore de nombreuses initiatives solidaires pour soutenir les centres de santé et les personnes vulnérables. On a vu des Burkinabè faire preuve de solidarité de manière spontanée envers leurs frères qui s’en sortaient moins bien qu’eux face aux restrictions. Je rêve d’un Burkina où l’entraide ne disparaîtrait pas avec le coronavirus. Un Burkina où chaque inconnu serait considéré comme un voisin. 

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